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Stages en IFSI : indemnités, frais de déplacement et ce que la gratification ne couvre pas

Rédaction SuperAlternant12 min de lecture

Un artisan en tablier montre une pièce en bois à un jeune apprenti tenant un carton dans un atelier
Photo : Pexels

« J'ai fait 15 semaines de stage cette année, et sur mon compte il n'y a presque rien arrivé. » La phrase revient à chaque fin de semestre dans les promotions d'IFSI, et elle ne traduit pas une erreur de paie : les étudiants en soins infirmiers ne relèvent pas du régime de la gratification de stage que connaissent les BTS, les BUT ou les masters. Leur indemnisation suit un texte à part, avec un montant forfaitaire par semestre, un remboursement des frais de transport, et un payeur qui n'est ni l'hôpital ni l'école mais le conseil régional.

Deux points à poser d'emblée. D'abord, les stages des formations paramédicales sont exclus du régime commun de la gratification : l'article L124-1 du code de l'éducation renvoie les stages intégrés à un cursus sanitaire et social à des dispositions propres, et l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État d'infirmier fixe un barème forfaitaire. Résultat : les 15 % du plafond horaire de la sécurité sociale au-delà de deux mois ne s'appliquent pas à vous. Ensuite, ce que vous devez toucher n'est pas automatique : l'indemnité et surtout le remboursement des déplacements sont versés sur transmission de justificatifs, par l'IFSI ou la région selon les cas, et c'est précisément là que des centaines d'euros se perdent chaque année. Cet article déroule les montants, les règles de transport, un exemple chiffré complet et les pièges de dossier. Pour le cadre général du statut de stagiaire, voyez notre guide du stage.

Un artisan en tablier montre une pièce en bois à un jeune apprenti tenant un carton dans un atelier

Pourquoi vous ne touchez pas la gratification « normale »

Le réflexe est logique : un stage de plus de deux mois dans le même organisme d'accueil ouvre droit à une gratification minimale, aujourd'hui fixée à 15 % du plafond horaire de la sécurité sociale (article L124-6 du code de l'éducation). C'est le calcul que détaille notre article sur la gratification de stage, et c'est celui que fait notre calculateur de gratification.

Sauf que l'article L124-1 réserve un sort particulier aux formations sanitaires et sociales : les stages « intégrés à un cursus » dont le régime est fixé par un texte spécifique restent régis par ce texte. Pour le diplôme d'État d'infirmier, c'est l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État d'infirmier, pris avec le code de la santé publique, qui organise à la fois la maquette de formation et l'indemnisation des stages.

Concrètement, la différence est majeure :

Stage « classique » (BTS, BUT, master) Stage en IFSI (DE infirmier)
Base juridique Articles L124-1 à L124-20 du code de l'éducation Arrêté du 31 juillet 2009 (DE infirmier)
Déclenchement Au-delà de 2 mois de présence dans le même organisme Dès le premier stage, quelle que soit la durée
Mode de calcul Horaire (15 % du plafond horaire SS × heures effectuées) Forfait mensuel selon l'année de formation
Payeur L'organisme d'accueil L'établissement d'accueil, sur financement régional
Frais de transport Prise en charge des abonnements selon le droit commun applicable aux salariés, selon les cas Régime propre de remboursement des déplacements

La conséquence pratique est contre-intuitive : vous êtes indemnisé dès la première semaine de stage, y compris pour les stages courts de première année, là où un étudiant de BTS en stage de six semaines ne touche rien. Mais le forfait reste très inférieur à ce que donnerait le calcul horaire sur un stage long. Sur un semestre entier de stage, le différentiel entre les deux régimes se compte en centaines d'euros, et ce n'est pas négociable : ce n'est pas une faveur de l'établissement, c'est le texte.

Les montants forfaitaires, année par année

Le barème est progressif selon l'année de formation, et exprimé en montant mensuel pour un stage à temps plein. Les montants historiquement fixés par l'arrêté de 2009, et confirmés dans les documents d'information des IFSI et des régions, sont de l'ordre de :

  • 1re année : 36 € par mois de stage
  • 2e année : 46 € par mois de stage
  • 3e année : 60 € par mois de stage

Oui, vous lisez bien. Sur les trois ans de formation, qui comportent 60 semaines de stage au total selon le référentiel (soit 2 100 heures de formation clinique, contre 2 100 heures d'enseignement théorique), l'indemnité cumulée reste inférieure à ce que rapporterait un mois de SMIC. C'est l'une des revendications les plus constantes de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), qui documente chaque année le coût réel des stages dans son enquête sur le bien-être étudiant.

Deux nuances importantes :

  1. Le montant est proratisé quand le stage ne couvre pas un mois plein. Un stage de cinq semaines en deuxième année n'ouvre pas droit à deux fois 46 €, mais à un calcul au prorata des jours de présence effective.
  2. Les absences non justifiées sont déduites. Les feuilles de présence signées par le cadre de santé du service servent de base ; c'est le même document qui conditionne la validation du stage, donc il n'y a aucun intérêt à laisser traîner les signatures.

Certaines régions ont mis en place des compléments : bourses régionales sur critères sociaux pour les formations sanitaires et sociales, aides spécifiques aux stages éloignés, forfaits transports. Ces dispositifs relèvent de la compétence des conseils régionaux depuis la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, qui leur a transféré le financement des formations paramédicales. Vérifiez la délibération de votre région : les écarts entre deux régions voisines sont considérables, et personne à l'IFSI ne viendra spontanément vous les expliquer.

Les frais de déplacement : le vrai enjeu financier

C'est là que l'argent se trouve. Un étudiant infirmier change de lieu de stage tous les cinq à dix semaines, avec des affectations qui peuvent se situer à 30, 50, parfois 70 kilomètres de l'IFSI. Les frais de déplacement pèsent donc bien plus lourd que l'indemnité elle-même.

Le principe applicable : les frais de déplacement liés aux stages effectués hors de la commune d'implantation de l'IFSI et hors de la commune de résidence de l'étudiant peuvent être remboursés. Le mécanisme habituel, décliné dans les règlements régionaux et les conventions de stage, repose sur trois règles :

  • Transport en commun : remboursement sur la base du tarif le moins onéreux (titre de transport de 2e classe, abonnement mensuel quand il est plus économique que les tickets à l'unité).
  • Véhicule personnel : indemnité kilométrique, applicable uniquement quand aucun transport en commun ne desservait le lieu de stage dans des horaires compatibles — et c'est à vous de pouvoir le démontrer.
  • Trajet de référence : le remboursement se calcule sur la distance la plus courte entre le domicile (ou l'IFSI, selon le règlement) et le lieu de stage, pas sur le trajet que vous avez réellement choisi.

Le réflexe à prendre dès le premier jour de stage : photographier chaque titre de transport et chaque facture d'abonnement, et tenir un relevé daté des trajets. Un dossier incomplet déposé après la clôture du semestre n'est quasiment jamais rattrapé.

Dans la pratique, deux erreurs coûtent cher. La première est de payer des tickets à l'unité pendant dix semaines alors qu'un abonnement mensuel aurait été remboursé intégralement : le remboursement étant plafonné au tarif le plus économique, la différence reste à votre charge. La seconde est de rouler sans justificatif d'absence de desserte : le remboursement kilométrique est alors refusé, et sur 10 semaines à 40 km aller-retour, l'enjeu dépasse souvent 200 €.

Pour les stages très décentrés, l'hébergement est parfois pris en charge sur la base d'un forfait nuitée, là encore selon le règlement régional. Posez la question avant d'accepter une affectation lointaine, pas après : un carnet de notes à spirale dédié aux stages, dans lequel vous consignez dates, kilomètres et noms d'interlocuteurs, vaut mieux que trois conversations de couloir.

Un exemple chiffré sur un semestre complet

Prenons Léa, en deuxième année d'IFSI, semestre 4. Son semestre comporte deux stages : dix semaines en service de médecine dans une commune située à 22 km de son domicile, puis cinq semaines en EHPAD, desservi par le bus.

Poste Détail Montant
Indemnité de stage, stage 1 10 semaines ≈ 2,3 mois × 46 € ≈ 106 €
Indemnité de stage, stage 2 5 semaines ≈ 1,15 mois × 46 € ≈ 53 €
Transport stage 1 (véhicule, absence de desserte attestée) 44 km/jour × 5 jours × 10 semaines = 2 200 km, barème régional indicatif 0,20 €/km ≈ 440 €
Transport stage 2 (bus) Abonnement mensuel 32 € × 1,5 mois ≈ 48 €
Total semestre ≈ 647 €

Ce que l'exemple montre : l'indemnité représente moins de 25 % de ce que Léa doit percevoir. L'essentiel du dossier, ce sont les frais de déplacement. Un étudiant qui néglige cette partie perd l'équivalent de plusieurs semaines de courses. Les barèmes kilométriques varient d'une région à l'autre : celui retenu ici est une hypothèse de travail, à remplacer par le barème figurant dans votre règlement régional.

À côté de cela, le reste du budget suit la logique de n'importe quel étudiant en stage long : loyer, nourriture, et un poste de dépense spécifique aux soignants, les chaussures et les tenues. Des chaussures de travail antidérapantes pour soignant tiennent un semestre de douze heures debout, là où une paire de baskets lâche en six semaines ; une paire de bas de contention est souvent recommandée par les cadres de santé dès les stages en bloc ou en gériatrie. Pour la gestion d'ensemble, notre guide du budget d'alternant donne la méthode de ventilation mensuelle, et la logique est transposable au rythme IFSI.

Un artisan expérimenté explique des documents à une jeune personne dans un atelier

Les droits qui ne changent pas, eux

Le régime d'indemnisation est spécifique, mais plusieurs droits restent alignés sur le droit commun, et il est utile de les connaître avant une discussion avec un cadre de santé.

Les horaires. Le stage ne peut pas excéder la durée légale applicable dans le service, et les règles de repos quotidien s'appliquent. La participation aux nuits et aux week-ends est prévue par le référentiel, mais elle doit rester encadrée par le projet de stage et la convention. Un planning qui vous place systématiquement en remplacement d'un poste manquant n'est pas un stage de formation clinique.

La convention de stage tripartite. Elle reste le document de référence : objectifs d'apprentissage, nom du tuteur de stage et du maître de stage, horaires, conditions d'encadrement. Notre article sur la convention de stage détaille les clauses à relire ; en IFSI, deux points méritent une attention particulière : l'identification nominative du tuteur et les modalités d'interruption. Sur ce second point, les règles générales que nous avons détaillées dans l'article consacré au fait d'interrompre son stage avant la fin donnent la trame, avec une spécificité forte en IFSI : l'interruption affecte la validation du semestre et les crédits ECTS, donc rien ne se décide sans la direction de l'IFSI.

L'accident du travail. Un étudiant en stage est couvert au titre du régime des accidents du travail. La déclaration doit être faite sans délai, par l'établissement d'accueil et par l'IFSI. Les accidents d'exposition au sang (AES) font l'objet d'un protocole d'urgence spécifique, documenté par Santé publique France et par le GERES : prise en charge dans les minutes qui suivent, évaluation du risque, déclaration écrite. Ne jamais remettre la déclaration au lendemain « pour ne pas déranger ».

La santé au travail. Les vaccinations obligatoires (hépatite B notamment) conditionnent l'accès aux stages, conformément au code de la santé publique et aux recommandations du calendrier vaccinal publié par le ministère de la Santé. Un carnet de vaccination à jour vous évite un refus d'affectation à 48 heures de la date de début.

Le dossier : six réflexes qui sécurisent le paiement

  1. Lire le règlement régional des aides aux formations sanitaires et sociales avant le premier stage : il contient le barème kilométrique, les plafonds, les délais de dépôt et la liste exacte des pièces.
  2. Faire signer la feuille de présence chaque semaine, pas à la fin du stage. C'est la pièce qui déclenche l'indemnité.
  3. Conserver tous les titres de transport et les factures d'abonnement sous forme numérique : un scanner portable à alimentation USB ou simplement une application de numérisation suffit, l'essentiel est que les justificatifs soient lisibles et datés.
  4. Demander par écrit l'attestation d'absence de desserte quand vous utilisez votre véhicule : un mail au secrétariat de l'IFSI, conservé, vaut mieux qu'un accord oral.
  5. Respecter les délais de dépôt. Beaucoup de règlements imposent le dépôt dans les semaines qui suivent la fin du semestre. Passé ce délai, le dossier est forclos.
  6. Vérifier le versement. L'indemnité et les frais n'arrivent pas toujours sur le même virement ni au même rythme. Un relevé des sommes attendues, semestre par semestre, évite de découvrir six mois plus tard qu'un stage n'a jamais été payé.

Pour les questions ponctuelles sur le statut de stagiaire, nous rassemblons les réponses courtes dans notre FAQ.

Ce qu'il faut retenir

  • Les stages en IFSI ne relèvent pas de la gratification de 15 % du plafond horaire : ils suivent l'arrêté du 31 juillet 2009, avec un forfait mensuel de l'ordre de 36 € en 1re année, 46 € en 2e et 60 € en 3e.
  • L'indemnité est due dès le premier stage, proratisée selon les jours de présence, et déclenchée par la feuille de présence signée.
  • Les frais de déplacement pèsent davantage que l'indemnité : remboursement sur la base du tarif le plus économique, indemnité kilométrique seulement en l'absence de desserte, délais de dépôt stricts.
  • Le financement relève du conseil régional : les montants complémentaires, barèmes et forfaits d'hébergement varient d'une région à l'autre, et c'est le règlement régional qui fait foi.
  • Les droits de fond — convention tripartite, encadrement, couverture accident du travail, protocole AES — restent pleinement applicables.

Sources : code de l'éducation (articles L124-1 et L124-6), arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État d'infirmier (Légifrance), code de la santé publique, service-public.fr, loi n° 2004-809 du 13 août 2004 pour la compétence régionale sur les formations sanitaires et sociales, enquêtes annuelles de la FNESI, recommandations du GERES et de Santé publique France sur les accidents d'exposition au sang.

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