
Litige avec son employeur en alternance : médiateur, inspection du travail, prud'hommes
Salaire impayé, heures non comptées, rupture contestée : les recours d'un alternant, du CFA au médiateur et aux prud'hommes, avec délais et pièces utiles.
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Fait partie du guide Droits de l'alternant : congés, maladie, contrat, rupture
Rédaction SuperAlternant13 min de lecture

Chaque rentrée, plusieurs dizaines de milliers de jeunes signent un contrat d'apprentissage avant leur majorité : CAP en boulangerie, pâtisserie, coiffure, mécanique, bac professionnel en maintenance, en vente, en hôtellerie-restauration. Ils entrent dans l'entreprise avec un statut hybride — salarié de plein droit, mais mineur, donc protégé par un chapitre entier du code du travail que beaucoup d'employeurs connaissent mal et que presque aucune famille ne lit avant la signature.
Résultat concret : un apprenti de 17 ans en restaurant qui termine à 23 h 30 le vendredi, un apprenti boulanger de 16 ans qui prend son poste à 4 h du matin, un apprenti en atelier qui utilise une machine sans que l'employeur ait fait la déclaration de dérogation obligatoire. Dans certains cas c'est légal, parce que des dérogations sectorielles existent. Dans d'autres, non — et l'employeur engage sa responsabilité pénale. Cet article explique où passe la frontière.

La règle de base figure à l'article L6222-1 du code du travail : l'apprentissage est ouvert aux jeunes à partir de 16 ans et jusqu'à 29 ans révolus.
Deux portes d'entrée anticipées existent :
Attention à une confusion fréquente avec les stages de découverte de 3e ou de 2de : ils relèvent du code de l'éducation, pas du contrat de travail, et ne donnent droit à aucune rémunération.
À retenir : un contrat d'apprentissage signé par un jeune de moins de 16 ans sans avoir achevé la troisième est irrégulier. Le CFA doit refuser l'enregistrement, et l'OPCO qui reçoit le dossier le rejette.
Un mineur n'a pas la capacité juridique de s'engager seul. Le contrat d'apprentissage (formulaire Cerfa FA13) doit donc porter la signature de son représentant légal — père, mère, tuteur — en plus de la sienne et de celle de l'employeur.
Ce que cela implique au quotidien :
| Acte | Qui signe |
|---|---|
| Contrat d'apprentissage (Cerfa FA13) | Apprenti + représentant légal + employeur |
| Convention de formation avec le CFA | Représentant légal |
| Avenant (changement d'horaires, de durée, de salaire) | Représentant légal |
| Rupture pendant les 45 premiers jours | Représentant légal |
| Demande de rupture unilatérale après 45 jours | Représentant légal |
| Autorisation de sortie du territoire (mobilité) | Représentant légal |
| Ouverture du compte bancaire de versement du salaire | Représentant légal (selon la banque) |
Le salaire, lui, est versé à l'apprenti mineur. Les parents ne peuvent pas exiger qu'il soit versé sur leur compte, mais ils peuvent, avant 16 ans, administrer les sommes au titre de l'administration légale des biens. En pratique, la plupart des banques ouvrent un compte avec carte de retrait dès 16 ans sur signature parentale — et c'est le bon moment pour poser les bases d'un budget, avec un simple carnet de comptes mensuel ou une application. Beaucoup d'apprentis mineurs découvrent la gestion d'argent en même temps que leur premier bulletin de paie.
C'est ici que se concentrent la majorité des irrégularités. L'article L3162-1 du code du travail fixe, pour les travailleurs de moins de 18 ans :
Et surtout : la durée du travail en entreprise inclut le temps passé en CFA. Une semaine de cours de 30 heures suivie de deux jours en entreprise à 8 heures dépasse le plafond. Cette règle d'addition est celle que les employeurs oublient le plus souvent.
Une dérogation existe pour certains secteurs — bâtiment, travaux publics, et plus largement les activités « déterminées par décret » — permettant d'aller jusqu'à 10 heures par jour et 40 heures par semaine. Elle n'est pas automatique : elle suppose que les besoins de l'activité le justifient, que des repos compensateurs équivalents soient accordés dans les 7 jours, et, hors secteurs listés, une autorisation de l'inspection du travail après avis du médecin du travail.
Autrement dit : un apprenti de 17 ans peut légalement faire 39 heures sur un chantier, mais il ne peut pas enchaîner 39 heures sans compensation, et son employeur doit pouvoir le justifier par écrit.

Tenir soi-même le relevé de ses heures change tout en cas de litige. Un simple agenda hebdomadaire papier où l'on note chaque jour l'heure d'arrivée, l'heure de départ et la pause prise constitue un commencement de preuve que l'inspection du travail prend au sérieux — bien plus qu'un souvenir approximatif trois mois plus tard.
Le principe est clair à l'article L3163-2 du code du travail : le travail de nuit est interdit pour les mineurs.
La plage protégée dépend de l'âge :
| Âge | Plage de nuit interdite |
|---|---|
| Moins de 16 ans | 20 h – 6 h |
| 16 à 18 ans | 22 h – 6 h |
Les dérogations réelles, et seulement celles-là :
En dehors de ces cadres, un apprenti mineur qui travaille après 22 h est en situation irrégulière, même « pour aider », même « juste ce soir », même s'il est d'accord. Le consentement du jeune ne purge pas l'illégalité.
Pour un apprenti boulanger qui démarre à 4 h, la question n'est pas juridique mais physiologique : le décalage de sommeil est brutal. Un masque de sommeil occultant et des rideaux opaques dans la chambre font une différence mesurable sur la qualité du sommeil diurne — l'INRS rappelle régulièrement dans ses dossiers sur le travail de nuit que l'obscurité et la régularité des horaires de coucher sont les deux leviers les plus efficaces.
Le repos dominical s'applique aux mineurs avec une protection renforcée. Mais des dérogations sectorielles existent, et elles sont larges : hôtellerie-restauration, boulangerie-pâtisserie, boucherie, charcuterie, fromagerie, fleuristes, jardineries, commerces de détail alimentaire, hôpitaux et établissements de soins.
Pour les jours fériés, le principe est le même : interdiction de travail pour les mineurs, sauf dans ces mêmes secteurs listés par le code du travail. Un apprenti vendeur en prêt-à-porter ne travaille pas le 1er mai ; un apprenti cuisinier, si.
C'est le point le plus mal connu, et le plus lourd en responsabilité. Les articles D4153-15 à D4153-37 du code du travail distinguent deux catégories.
Aucune dérogation n'est possible, jamais :
Pour une liste plus longue — machines dangereuses, travaux en hauteur, conduite d'équipements automoteurs, manipulation de produits dangereux, travaux électriques sous tension, utilisation d'outils tranchants — l'employeur peut affecter un apprenti mineur à condition de respecter une procédure :
Depuis 2015, cette déclaration a remplacé le régime d'autorisation préalable : l'employeur déclare, il n'attend pas de réponse. Mais il doit pouvoir produire les six éléments en cas de contrôle. L'absence de déclaration transforme tout accident en faute inexcusable de l'employeur, avec les conséquences indemnitaires qui vont avec.
Question à poser à votre employeur ou à votre maître d'apprentissage lors de la première semaine : « la déclaration de dérogation pour les travaux réglementés a-t-elle été faite pour mon poste ? » Ce n'est pas une provocation, c'est une obligation légale dont la réponse figure dans un dossier.
Côté équipement, l'employeur doit fournir gratuitement tous les EPI nécessaires : chaussures de sécurité, gants, casque, lunettes, protections auditives. Il ne peut pas les facturer à l'apprenti ni les déduire du salaire. En revanche, pour tout ce qui relève du confort personnel, beaucoup d'apprentis achètent eux-mêmes : une paire de semelles de confort pour chaussures de sécurité ou des bouchons d'oreille réutilisables à porter sous les coquilles changent franchement le quotidien d'une journée en atelier de 8 heures. Ces achats peuvent entrer dans le périmètre de l'aide au premier équipement versée par certaines régions.

Tout apprenti mineur relève du suivi individuel renforcé (SIR). Concrètement :
Si la visite n'a pas eu lieu au bout de deux mois dans l'entreprise, relancez votre employeur par écrit, puis alertez votre CFA. C'est le document sans lequel aucune dérogation « travaux réglementés » ne tient.
La rémunération minimale de l'apprenti mineur est exprimée en pourcentage du SMIC :
| Année de contrat | Moins de 18 ans |
|---|---|
| 1re année | 27 % du SMIC |
| 2e année | 39 % du SMIC |
| 3e année | 55 % du SMIC |
Trois précisions qui comptent :
Le rôle du représentant légal ne s'arrête pas à la signature. Quatre points de vigilance concrets :
L'ordre des démarches compte, et il est moins brutal qu'on ne le croit.
Étape 1 — Documenter. Relevé d'heures écrit, photos horodatées des plannings affichés, SMS et messages professionnels conservés. Sans trace, aucune démarche n'aboutit.
Étape 2 — Parler au maître d'apprentissage, puis à la direction. Beaucoup de dépassements viennent d'une méconnaissance réelle de la règle des 35 heures CFA inclus. Un rappel factuel suffit souvent.
Étape 3 — Saisir le CFA. Le référent « mobilité et accompagnement » ou le responsable pédagogique a un rôle d'interface prévu par le code du travail. Il appelle l'entreprise.
Étape 4 — Le médiateur de l'apprentissage. Gratuit, saisissable par l'apprenti ou son représentant légal, rattaché aux chambres consulaires. Il intervient avant toute procédure contentieuse et sa saisine est devenue, dans la plupart des cas de rupture unilatérale, une étape obligatoire.
Étape 5 — L'inspection du travail (DDETS). Compétente sur tous les sujets évoqués ici : durée du travail, travail de nuit, travaux réglementés, absence de visite médicale. Le signalement peut être fait par un parent. Il peut rester confidentiel sur demande, même si dans une petite entreprise la confidentialité reste relative.
Étape 6 — Les prud'hommes, pour les rappels de salaire et les demandes indemnitaires. En dernier recours, et avec l'appui d'un syndicat ou d'une permanence juridique gratuite.
Ces règles ne sont pas des formalités administratives : elles existent parce que les accidents du travail sont statistiquement plus fréquents chez les jeunes travailleurs que dans le reste de la population salariée, d'après les données de l'Assurance Maladie – Risques professionnels. Connaître la règle, c'est la première protection. La faire respecter, c'est le rôle partagé de l'apprenti, de sa famille, du CFA et de l'employeur.
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16-25 ans, demandeurs d'emploi de 26 ans et plus : durée, formation, salaire minimum, rupture et différences avec l'apprentissage, sources officielles.