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Se faire embaucher à la fin de son alternance : le calendrier, la conversation, le plan B

Rédaction SuperAlternantMis à jour le 11 min de lecture

Une alternante et son manager discutent de la suite du contrat autour d'une table de réunion
Photo : rawpixel (CC0) / Openverse

Parlez de votre embauche environ six mois avant la fin du contrat, pas le dernier mois. Si l'entreprise vous garde après un contrat d'apprentissage, la loi joue pour vous : aucune période d'essai ne peut vous être imposée, sauf disposition conventionnelle contraire, et la durée de l'apprentissage compte dans votre ancienneté et votre rémunération.

C'est le point aveugle de la fin d'alternance. On vous prépare à la soutenance, aux documents, au CV. Personne ne vous dit quand la question se joue, ni comment la poser, ni ce que la loi prévoit si la réponse est oui.

Pourquoi la décision est-elle prise avant que vous en parliez ?

Parce qu'un recrutement n'est pas une décision de votre manager seul. C'est une ligne budgétaire, un poste ouvert, une validation qui remonte en général au-dessus de lui. Votre manager défend un besoin, il ne signe pas toujours le contrat.

Il existe donc deux questions distinctes, et on les confond souvent.

Y a-t-il un poste ? Cela dépend du budget, de l'activité et des arbitrages du service. Vous n'y pouvez rien, sauf sur un point : faire savoir tôt que vous êtes disponible pour couvrir le besoin. Un manager qui apprend en fin de contrat que vous vouliez rester n'a plus le temps de défendre un poste, même s'il en avait envie.

Êtes-vous la bonne personne pour ce poste ? Cela se joue sur toute la durée du contrat, pas pendant l'entretien. Un alternant qu'on garde est souvent un alternant dont le départ crée un trou visible.

En pratique : vous parlez tôt pour la première question, vous travaillez toute l'année pour la seconde.

Quel calendrier suivre avant la fin du contrat ?

Quatre repères, comptés à rebours depuis votre dernier jour.

Échéance Objectif Ce que vous faites
Six mois avant Signaler une intention Une phrase en point de suivi, et vous commencez à lister vos réalisations
Trois à quatre mois avant Obtenir une réponse ou une date de réponse Un entretien dédié, préparé par écrit
Deux mois avant Trier Si oui : tout passer par écrit. Si c'est flou : ouvrir votre recherche
Dernier mois Fermer proprement Recommandation, documents, contacts, portfolio

Six mois avant. Vous signalez une intention, vous ne négociez rien. Une phrase suffit, glissée dans un point de suivi : « Je me projette dans l'équipe après mon contrat. Est-ce que c'est quelque chose qui peut se travailler ? » Vous n'attendez pas de réponse ferme, et vous le dites. Votre objectif est que votre nom existe dans la tête de votre manager au moment où il construit ses demandes d'effectifs.

À la même période, commencez à rassembler vos réalisations : ce que vous avez livré, dans quel délai, avec quel effet. Reconstituer cela en fin de contrat est beaucoup plus difficile.

Trois à quatre mois avant. C'est l'entretien dédié, celui de la section suivante. Vous demandez une réponse, et si l'entreprise ne peut pas la donner, vous demandez une date à laquelle elle pourra.

Deux mois avant. Vous triez. Si c'est oui, vous cadrez par écrit l'intitulé, le périmètre, la date de démarrage et la rémunération. Une promesse orale qui ne devient jamais un document ne vous protège pas en cas de réorganisation. Si c'est flou, traitez le flou comme un non provisoire et ouvrez votre recherche.

Dernier mois. Vous ne négociez plus, vous fermez. Ne comptez pas sur les trente derniers jours pour faire changer une décision.

Comment provoquer la conversation avec votre manager ?

Ne la laissez pas arriver par hasard en fin de réunion. Demandez un créneau dédié, par écrit, avec un objet explicite : « Je souhaiterais un point de 30 minutes sur la suite de mon contrat. »

Annoncer le sujet à l'avance n'est pas une maladresse, c'est ce qui rend la conversation utile. Votre manager arrive en ayant eu le temps de vérifier ce qu'il peut dire. Une question surprise obtient plus facilement une réponse d'esquive.

Apportez une page, pas un discours. Quatre blocs :

  • Ce que vous avez livré, en trois à cinq lignes factuelles, avec les échéances tenues.
  • Ce que vous faites aujourd'hui en autonomie, sans validation préalable. C'est la mesure réelle de votre valeur pour l'équipe.
  • Ce que vous prendriez en charge dans les six mois suivants si vous restiez. Vous décrivez un poste, pas une reconduction.
  • Ce qui retombe sur l'équipe si vous partez. C'est le bloc qui parle le plus à un manager, et celui que les alternants osent rarement écrire.

La formulation compte autant que le contenu. « Est-ce que vous me gardez ? » est une question fermée qui appelle un « on verra ». Préférez : « Qu'est-ce qu'il faudrait réunir pour qu'un poste existe sur ce périmètre ? » Vous obtenez alors une information exploitable : un obstacle budgétaire, un calendrier de validation, un doute sur une compétence précise. Chacune de ces réponses se travaille différemment.

Terminez par un mail de synthèse le jour même. Deux lignes sur ce qui a été dit, une sur la prochaine échéance. Ce mail vous permettra de relancer sans avoir l'air d'insister.

Une jeune femme prépare ses notes d'entretien devant un ordinateur portable dans un espace de travail

Que dit la loi si l'entreprise vous embauche ?

Ces règles pèsent dans la négociation : connaissez-les avant l'entretien.

Situation Période d'essai Ancienneté et rémunération Texte
Contrat d'apprentissage suivi d'un CDI, d'un CDD ou d'un contrat de travail temporaire dans la même entreprise Aucune ne peut être imposée, sauf dispositions conventionnelles contraires La durée de l'apprentissage est prise en compte pour le calcul de la rémunération et l'ancienneté Art. L6222-16 C. trav.
Contrat de professionnalisation à durée déterminée dont la relation se poursuit après le terme La durée du CDD est déduite de la période d'essai éventuellement prévue Vous conservez l'ancienneté acquise Art. L1243-11 C. trav.

Concrètement, pour un ancien apprenti : si le contrat qu'on vous propose prévoit une période d'essai, demandez sur quelle disposition de la convention collective elle repose. Sans une telle disposition, elle ne peut pas vous être imposée. Ces règles sont rappelées sur la fiche Service-Public consacrée au contrat d'apprentissage. Pour comprendre la période d'essai pendant l'alternance elle-même, voyez notre article sur la règle des 45 jours.

Deux cas particuliers en fin de contrat d'apprentissage :

  • Vous échouez au diplôme. L'apprentissage peut être prolongé d'un an au plus, par prorogation du contrat ou par un nouveau contrat avec un autre employeur (art. L6222-11). Le salaire minimum pendant la prolongation est celui de la dernière année.
  • Vous obtenez le diplôme avant le terme. Vous pouvez mettre fin au contrat à votre initiative (art. L6222-19). Service-Public précise qu'il faut prévenir l'employeur par écrit un mois à l'avance, et que la rupture ne peut pas intervenir avant le lendemain de la publication des résultats.

Comment vous situer sur le salaire sans avancer un chiffre au hasard ?

Le piège est de raisonner à partir de votre rémunération d'alternant. En apprentissage, elle dépend de votre âge et de l'année d'exécution du contrat. Elle ne dit rien du prix d'un poste. Si votre interlocuteur propose un pourcentage d'augmentation à partir de là, la base est fausse.

Construisez votre repère à partir de trois sources, dans cet ordre.

La classification de votre convention collective. Le poste proposé correspond à un niveau, un coefficient et un minimum conventionnel. Demandez lequel. C'est une donnée factuelle, et elle donne le plancher. Si la convention prévoit des éléments liés à l'ancienneté, rappelez que vos années d'apprentissage comptent.

Les offres publiées pour le même intitulé. Même métier, même région, même niveau d'expérience. Relevez-les sur plusieurs semaines et gardez les fourchettes affichées : une seule annonce ne prouve rien, une quinzaine dessinent un marché.

Le périmètre réel du poste. Vous ne négociez pas la prolongation d'une alternance, vous négociez un emploi. Si le périmètre est celui d'un poste autonome, c'est le poste qui fixe le prix.

Demandez la fourchette prévue avant d'annoncer un chiffre que vous n'auriez pas construit. Et pensez à ce qui se négocie en dehors du salaire : l'intitulé exact, le périmètre, un budget de formation, une date de revue de rémunération inscrite au contrat.

Et si la réponse est non ?

Posez d'abord une question, une seule : est-ce un problème de poste ou un problème de profil ? Un non budgétaire laisse la porte ouverte. Un non sur votre profil vous donne une information rare, à condition de demander laquelle sans vous justifier.

Demandez ensuite quatre choses, qui ne coûtent presque rien à l'entreprise :

  • Une recommandation écrite, datée et signée, rédigée pendant que votre tuteur a vos réalisations en tête. Proposez-lui un brouillon : il corrigera plus vite qu'il n'écrirait depuis une page blanche.
  • Des mises en relation nommées. Pas « n'hésitez pas à me citer », mais deux ou trois noms précis : un autre service, un client, un prestataire, un ancien collègue parti ailleurs. Demandez que l'introduction soit faite par votre manager.
  • De la souplesse sur vos dernières semaines pour passer des entretiens. Formulez-la tôt et sans dramatisation.
  • Un accord pour être rappelé. « Si un poste s'ouvre dans les six mois, est-ce que je peux vous recontacter ? » Un départ dans l'équipe peut libérer une place après votre fin de contrat.

Demandez enfin une dernière mission qui produise un livrable présentable en entretien, à condition qu'il puisse sortir de l'entreprise.

Avez-vous droit au chômage si l'entreprise ne vous garde pas ?

Oui, si vous remplissez les conditions. L'Unédic le rappelle : l'apprenti et le salarié en contrat de professionnalisation ont conclu un contrat de travail, et la fin normale du contrat ouvre droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) quand les conditions sont réunies.

Condition Règle pour une fin de contrat depuis le 1er avril 2025 (secteur privé)
Durée de travail minimale 6 mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois, 36 mois à partir de 55 ans
Primo-entrants Depuis le 1er avril 2026, 5 mois suffisent pour ceux qui n'ont jamais été indemnisés ou ne l'ont pas été depuis plus de 20 ans
Inscription À France Travail, dans les 12 mois suivant la fin du contrat
Premier versement Après un délai d'attente de 7 jours

Ces conditions figurent sur la fiche Service-Public sur l'ARE (vérifiée le 23 juillet 2026). Le montant dépend de vos salaires antérieurs : France Travail le calcule au moment de l'ouverture des droits. Si votre employeur est public, les règles d'indemnisation peuvent différer : renseignez-vous auprès de lui.

Autre point à connaître : à la fin d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation, l'indemnité de fin de contrat (dite « prime de précarité ») n'est pas due, sauf si une convention collective la prévoit (fiche Service-Public sur la fin du CDD).

Faut-il chercher ailleurs pendant ce temps ?

Oui, sans attendre la réponse. Une recherche parallèle n'est pas un manque de loyauté : c'est la seule façon d'avoir un point de comparaison et de ne pas signer par défaut. Consultez les offres d'alternance et d'emploi dès que vous ouvrez la discussion, pas après.

Vous n'avez rien à cacher, mais rien à annoncer non plus. Répondez si on vous pose la question, et restez factuel. « Je regarde ce qui existe, comme n'importe qui en fin de contrat » suffit.

Que verrouiller dans le dernier mois ?

Si c'est oui, vérifiez que la promesse est devenue un écrit : intitulé, date de début, rémunération, et absence de période d'essai si vous sortez d'un apprentissage dans la même entreprise (sauf disposition conventionnelle). Tant que rien n'est signé, continuez à répondre aux entretiens.

Si c'est non, basculez sur la sortie administrative. L'employeur doit vous remettre un certificat de travail, une attestation France Travail et un solde de tout compte. Le détail et les pièges de signature sont dans notre article sur les documents de fin de contrat d'alternance. Récupérez aussi une copie personnelle de vos réalisations non confidentielles avant la fermeture de vos accès.

Un dernier point. Cette conversation se gagne en partie par ce que votre tuteur peut dire de vous, et cela dépend de l'accompagnement obtenu pendant le contrat. Notre article sur ce que votre maître d'apprentissage vous doit sépare ses obligations de ce qui se demande, et le guide pour réussir son alternance reprend la chronologie complète, du premier jour à la soutenance.

Sources

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