Votre embauche ne se décide pas le dernier mois. Elle se décide au moment où votre service arbitre ses effectifs pour l'exercice suivant, souvent plusieurs mois avant la fin de votre contrat. Quand vous posez la question trois semaines avant votre départ, le sujet est déjà tranché.
C'est le point aveugle de la fin d'alternance. On vous prépare à la soutenance, aux documents, au CV. Personne ne vous dit quand la question se joue, ni comment la poser.
Pourquoi la décision est-elle prise avant que vous en parliez ?
Parce qu'un recrutement n'est pas une décision de votre manager seul. C'est une ligne budgétaire, un poste ouvert, une validation qui remonte au moins d'un cran au-dessus de lui. Votre manager défend un besoin, il ne signe pas un contrat.
Il existe donc deux questions distinctes, et vous les confondez presque toujours.
Y a-t-il un poste ? Cela dépend du budget, de l'activité et des arbitrages du service. Vous n'y pouvez rien, sauf sur un point : faire savoir tôt que le besoin existe et que vous êtes disponible pour le couvrir. Un manager qui apprend en fin de contrat que vous vouliez rester n'a plus rien à défendre, même s'il en avait envie.
Êtes-vous la bonne personne pour ce poste ? Cela se joue sur les douze ou vingt-quatre mois, pas pendant l'entretien. Un alternant qu'on garde est un alternant dont le départ crée un trou visible.
En pratique : vous parlez tôt pour la première question, vous travaillez toute l'année pour la seconde.
Quel calendrier suivre avant la fin du contrat ?
Quatre repères, comptés à rebours depuis votre dernier jour.
Six mois avant. Vous signalez une intention, vous ne négociez rien. Une phrase suffit, glissée dans un point de suivi : « Je me projette dans l'équipe après mon contrat. Est-ce que c'est quelque chose qui peut se travailler ? » Vous n'attendez pas de réponse ferme, et vous le dites. Votre objectif est que votre nom existe dans la tête de votre manager au moment où il construit ses demandes d'effectifs.
À la même période, commencez à rassembler vos réalisations. Ce que vous avez livré, dans quel délai, avec quel effet mesurable. Reconstituer cela en fin de contrat vous fera perdre l'essentiel.
Trois à quatre mois avant. C'est l'entretien dédié, celui de la section suivante. Vous demandez une réponse, et si l'entreprise ne peut pas la donner, vous demandez une date à laquelle elle pourra.
Deux mois avant. Vous triez. Si c'est oui, vous cadrez par écrit l'intitulé, le périmètre, la date de démarrage et la rémunération. Une promesse orale d'embauche qui ne devient jamais un document se dissout à la première réorganisation. Si c'est flou, traitez le flou comme un non provisoire et ouvrez votre recherche.
Dernier mois. Vous ne négociez plus, vous fermez. Recommandation écrite, documents, contacts, portfolio. Personne ne change d'avis sur une embauche dans les trente derniers jours.
Comment provoquer la conversation avec votre manager ?
Ne la laissez pas arriver par hasard en fin de réunion. Demandez un créneau dédié, par écrit, avec un objet explicite : « Je souhaiterais un point de 30 minutes sur la suite de mon contrat. »
Annoncer le sujet à l'avance n'est pas une maladresse, c'est ce qui rend la conversation utile. Votre manager arrive en ayant eu le temps de vérifier ce qu'il peut dire. Une question surprise obtient une réponse d'esquive.
Apportez une page, pas un discours. Quatre blocs.
- Ce que vous avez livré, en trois à cinq lignes factuelles, avec les échéances tenues.
- Ce que vous faites aujourd'hui en autonomie, sans validation préalable. C'est la mesure réelle de votre valeur pour l'équipe.
- Ce que vous prendriez en charge dans les six mois suivants si vous restiez. Vous décrivez un poste, pas une reconduction.
- Ce qui retombe sur l'équipe si vous partez. C'est le bloc qui parle le plus à un manager, et celui que les alternants n'osent jamais écrire.
La formulation compte autant que le contenu. « Est-ce que vous me gardez ? » est une question fermée qui appelle un « on verra ». Préférez : « Qu'est-ce qu'il faudrait réunir pour qu'un poste existe sur ce périmètre ? » Vous obtenez alors une information exploitable : un obstacle budgétaire, un calendrier de validation, un doute sur une compétence précise. Chacune de ces trois réponses se travaille différemment.
Terminez par un mail de synthèse le jour même. Deux lignes sur ce qui a été dit, une sur la prochaine échéance. Ce mail est ce qui vous permettra de relancer sans avoir l'air de harceler.

Comment vous situer sur le salaire sans avancer un chiffre au hasard ?
Le piège est de raisonner à partir de votre rémunération d'alternant. Elle dépend de votre âge et de votre année d'exécution du contrat. Elle ne dit rien du prix d'un poste. Si votre interlocuteur propose un raisonnement en pourcentage à partir de là, la base est fausse.
Construisez votre repère à partir de trois sources, dans cet ordre.
La classification de votre convention collective. Le poste que l'on vous propose correspond à un niveau, un coefficient et un minimum conventionnel. Demandez lequel. C'est une donnée factuelle, pas une négociation, et elle donne le plancher.
Les offres publiées pour le même intitulé. Même métier, même région, même niveau d'expérience. Relevez-les sur plusieurs semaines et gardez les fourchettes affichées : une seule annonce ne prouve rien, quinze annonces dessinent un marché.
Le périmètre réel du poste. Vous ne négociez pas la prolongation d'une alternance, vous négociez un emploi. Si le périmètre est celui d'un poste autonome, c'est le poste qui fixe le prix.
Demandez la fourchette prévue avant d'annoncer un chiffre que vous n'auriez pas construit. Et n'oubliez pas ce qui se négocie en dehors du salaire : l'intitulé exact, le périmètre, un budget de formation, une date de revue de rémunération inscrite au contrat.
Et si la réponse est non ?
Posez d'abord une question, une seule : est-ce un problème de poste ou un problème de personne ? Un non budgétaire laisse la porte ouverte. Un non sur votre profil vous donne une information que vous n'aurez nulle part ailleurs, à condition de demander laquelle sans vous justifier.
Demandez ensuite quatre choses. Une entreprise qui ne peut pas vous embaucher accorde presque toujours ce qui ne lui coûte rien.
- Une recommandation écrite, datée et signée, rédigée pendant que votre tuteur a vos réalisations en tête. Proposez-lui un brouillon : il corrigera en cinq minutes ce qu'il n'écrirait jamais depuis une page blanche.
- Des mises en relation nommées. Pas « n'hésitez pas à me citer », mais deux ou trois noms précis : un autre service, un client, un prestataire, un ancien collègue parti ailleurs. Demandez que l'introduction soit faite par votre manager, pas par vous.
- De la souplesse sur vos dernières semaines pour passer des entretiens. Formulée tôt et sans dramatisation, elle se refuse rarement.
- Un accord pour être rappelé. « Si un poste s'ouvre dans les six mois, est-ce que je peux vous recontacter ? » Beaucoup d'embauches d'anciens alternants se font quelques mois après la fin du contrat, quand un départ libère une ligne.
Demandez enfin une dernière mission qui produise un livrable présentable en entretien, à condition qu'il soit sortable de l'entreprise. Une fin de contrat passée à ranger des dossiers ne laisse rien.
Faut-il chercher ailleurs pendant ce temps ?
Oui, sans attendre la réponse. Une recherche parallèle n'est pas un manque de loyauté : c'est la seule façon d'avoir un point de comparaison et de ne pas signer par défaut. Consultez les offres d'alternance et d'emploi dès que vous ouvrez la discussion, pas après.
Vous n'avez rien à cacher, mais rien à annoncer non plus. Répondez si on vous pose la question, et restez factuel. « Je regarde ce qui existe, comme n'importe qui en fin de contrat » suffit.
Que verrouiller dans le dernier mois ?
Si c'est oui, vérifiez que la promesse est devenue un écrit : intitulé, date, rémunération, période d'essai éventuelle. Tant que rien n'est signé, continuez à répondre aux entretiens.
Si c'est non, basculez sur la sortie administrative. Les trois documents obligatoires, le solde des congés et les pièges de signature sont détaillés dans notre article sur les documents de fin de contrat d'alternance. Récupérez aussi une copie personnelle de vos réalisations non confidentielles avant la fermeture de vos accès : le jour où votre badge est désactivé, votre portfolio l'est aussi.
Un dernier point. Cette conversation se gagne surtout par ce que votre tuteur peut dire de vous, et cela dépend de l'accompagnement que vous avez obtenu pendant le contrat. Notre article sur ce que votre maître d'apprentissage vous doit sépare ses obligations de ce qui se demande, et le guide pour réussir son alternance reprend la chronologie complète, du premier jour à la soutenance.