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Jours fériés et fêtes de fin d'année : l'apprenti travaille-t-il le 11 novembre ou le 25 décembre ?

Rédaction SuperAlternant12 min de lecture

Jeunes salariés travaillant sur ordinateurs dans un bureau partagé, un collègue penché pour les accompagner
Photo : Pexels

Entre le 11 novembre et le 1er janvier, le calendrier concentre quatre jours fériés : le 11 novembre, le 25 décembre, le 1er janvier, et dans certains départements le 26 décembre. Pour un apprenti, ces dates soulèvent chaque année les mêmes questions très concrètes : « mon patron peut-il me demander de venir le 25 ? », « est-ce que je suis payé si l'entreprise ferme ? », « et si le férié tombe pendant ma semaine de cours ? »

La réponse de principe est simple : un apprenti est un salarié de l'entreprise, donc il suit le régime des jours fériés applicable à ses collègues. Mais il bénéficie d'une protection supplémentaire s'il est mineur, et le passage en CFA brouille souvent la lecture du bulletin de paie. Cet article déroule les règles, avec un exemple chiffré, et les sources officielles pour chaque point. Pour le reste de vos droits pendant le contrat, voyez notre guide des droits de l'alternant.

Jeune femme à lunettes signant des documents avec un stylo, assise à une table en bois

Les 11 jours fériés légaux et ce qu'ils imposent (ou pas)

L'article L3133-1 du code du travail fixe la liste des fêtes légales :

Date Jour férié
1er janvier Jour de l'An
Lundi de Pâques variable
1er mai Fête du Travail
8 mai Victoire 1945
Jeudi de l'Ascension variable
Lundi de Pentecôte variable
14 juillet Fête nationale
15 août Assomption
1er novembre Toussaint
11 novembre Armistice 1918
25 décembre Noël

Point qui surprend beaucoup de monde : en droit commun, un seul de ces jours est obligatoirement chômé pour tous les salariés, le 1er mai (article L3133-4). Les dix autres ne sont pas automatiquement des jours de repos : ils peuvent être travaillés, sauf si un accord collectif, une convention de branche, un usage d'entreprise ou le contrat de travail prévoit le contraire.

Dans la pratique, la quasi-totalité des conventions collectives ferment ces journées — mais pas dans les secteurs où le public est présent : hôtellerie-restauration, boulangerie-pâtisserie, commerce alimentaire, santé, transport, propreté. Et ce sont précisément les secteurs qui emploient le plus d'apprentis.

En Alsace et en Moselle (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), deux jours fériés supplémentaires s'ajoutent et sont, eux, obligatoirement chômés : le Vendredi saint et le 26 décembre, en application du droit local maintenu par l'article L3134-13 du code du travail. Un apprenti pâtissier à Strasbourg ne travaille donc pas le 26 décembre ; son homologue de Nantes, si.

Apprenti mineur : la règle change complètement

C'est la distinction la plus importante de cet article, et celle que les employeurs oublient le plus souvent.

L'article L3164-6 du code du travail interdit le travail des jeunes de moins de 18 ans les jours fériés. Pour un apprenti de 16 ou 17 ans, les onze jours fériés légaux sont donc chômés par principe, indépendamment de ce que fait le reste de l'équipe.

Des dérogations existent, fixées par l'article R3164-2 du même code, pour une liste fermée de secteurs : hôtellerie, restauration, traiteurs et organisateurs de réception, cafés-tabacs-débits de boisson, boulangerie, pâtisserie, boucherie, charcuterie, fromagerie-crémerie, poissonnerie, fleuristes, jardineries et animaleries, spectacles. Dans ces activités, un apprenti mineur peut travailler un jour férié.

Trois limites restent opposables, même avec la dérogation :

  • Le 1er mai reste interdit aux moins de 18 ans dans tous les cas, sauf les établissements où le travail du 1er mai est lui-même autorisé par la loi.
  • Le repos hebdomadaire du mineur est de deux jours consécutifs, ou au minimum 36 heures consécutives dans les secteurs dérogatoires (article L3164-2). Travailler le 25 décembre ne doit pas faire sauter ce repos.
  • Les plages horaires de nuit s'appliquent toujours : pas de travail entre 22 h et 6 h pour les 16-18 ans, avec les dérogations sectorielles habituelles. Un réveillon qui s'étire jusqu'à 1 h du matin ne se régularise pas parce qu'on est le 31 décembre.

Si vous êtes concerné, notre article sur l'apprenti mineur en 2026 détaille les horaires et les travaux interdits.

À retenir : apprenti majeur → même régime que les collègues. Apprenti mineur → férié chômé, sauf secteur figurant à l'article R3164-2.

Jour férié chômé : êtes-vous payé ?

Oui, dans presque tous les cas. L'article L3133-3 du code du travail garantit le maintien du salaire lorsqu'un jour férié est chômé, à la seule condition d'avoir trois mois d'ancienneté dans l'entreprise. Les intérimaires, les travailleurs à domicile et les saisonniers ont un régime à part, mais ces statuts ne concernent pas un contrat d'apprentissage.

Un apprenti entré en septembre 2026 remplit donc la condition pour le 25 décembre et le 1er janvier, mais pas forcément pour le 11 novembre s'il a signé fin septembre. En pratique, beaucoup de conventions collectives suppriment cette condition d'ancienneté : vérifiez l'accord de branche avant de considérer qu'une retenue est légitime.

Pour le 1er mai, aucune condition d'ancienneté : le maintien de salaire est de droit dès le premier jour du contrat.

Conséquence sur le bulletin de paie : un jour férié chômé et payé n'apparaît pas comme une absence. Si vous voyez une ligne « absence non rémunérée » en face du 25 décembre, c'est une erreur à signaler. Pour décoder le reste du document, notre guide pour lire sa fiche de paie en alternance reprend chaque ligne. Garder les bulletins classés dans un porte-documents à soufflets évite de les rechercher trois ans plus tard, au moment de reconstituer ses trimestres de retraite.

Jour férié travaillé : majoration ou pas ?

Contrairement à une idée très répandue, le code du travail ne prévoit aucune majoration de salaire pour un jour férié travaillé, à une exception près : le 1er mai, payé double en application de l'article L3133-6.

Tout le reste dépend de la convention collective, d'un accord d'entreprise ou d'un usage. Quelques exemples fréquents dans les branches qui emploient des apprentis :

  • Hôtels, cafés, restaurants (HCR) : la convention nationale prévoit des jours fériés garantis, avec compensation en repos ou en indemnité selon l'ancienneté.
  • Boulangerie-pâtisserie artisanale : les fériés travaillés donnent lieu à une majoration ou à un repos compensateur selon les avenants de branche.
  • Commerce de détail alimentaire : majorations fréquentes pour le 25 décembre et le 1er janvier.

Deux réflexes avant de discuter avec son employeur : récupérer l'intitulé exact et le numéro IDCC de la convention collective (ils figurent en haut du bulletin de paie), puis lire le chapitre « jours fériés » sur Légifrance. Notre article sur le salaire apprenti selon la convention collective explique où trouver ces textes.

Un détail que l'on oublie : la majoration s'applique au salaire de l'apprenti, c'est-à-dire au pourcentage du SMIC correspondant à son âge et à son année de contrat, pas au SMIC entier. Le simulateur de rémunération donne cette base de calcul.

Homme en costume signant des documents avec un stylo sur une table en bois

Exemple chiffré : Noël travaillé en pâtisserie

Léa, 19 ans, deuxième année de CAP pâtissier, 35 heures par semaine. Au 1er octobre 2026, le SMIC mensuel brut est de 1 867,02 € pour 151,67 heures, soit 12,31 € brut de l'heure. À 19 ans en deuxième année, sa rémunération minimale est de 49 % du SMIC, soit 914,84 € brut par mois.

Son taux horaire est donc de 914,84 ÷ 151,67 = 6,03 € brut.

Sa convention collective prévoit une majoration de 100 % pour les jours fériés travaillés. Elle travaille 7 heures le 25 décembre :

Ligne Calcul Montant
Heures du 25/12 (base) 7 h × 6,03 € 42,21 €
Majoration 100 % 7 h × 6,03 € 42,21 €
Total brut de la journée — 84,42 €

Sans majoration conventionnelle, la même journée lui aurait rapporté 42,21 € brut — exactement ce qu'elle aurait perçu si l'entreprise avait fermé, puisque le jour férié chômé est payé. C'est tout l'intérêt de vérifier sa branche : la différence, sur les fêtes de fin d'année, peut atteindre une centaine d'euros.

Attention aussi au cumul : si le 25 décembre tombe un jour normalement travaillé et qu'il fait passer la semaine au-delà de 35 heures, les règles des heures supplémentaires en alternance s'ajoutent. Les deux majorations ne se compensent pas, elles se cumulent selon ce que prévoit l'accord.

Et si le jour férié tombe pendant une semaine de CFA ?

C'est la situation la plus mal comprise, et elle revient souvent en novembre et décembre.

Le temps passé en centre de formation est du temps de travail effectif, rémunéré comme tel (article L6222-24 du code du travail). Si le CFA ferme un jour férié, l'apprenti n'a rien à récupérer : il est payé normalement, et l'employeur ne peut pas lui demander de venir en entreprise ce jour-là pour « compenser » les heures de cours perdues. Le planning d'alternance est fixé par le CFA, pas renégocié semaine par semaine.

Inversement, si le CFA maintient les cours un jour férié non obligatoirement chômé — c'est rare, mais cela existe pour les sessions d'examens blancs — l'apprenti mineur reste couvert par l'interdiction de l'article L3164-6, qui porte sur le travail et donc sur le temps de formation assimilé.

Le cas des vacances du CFA pendant les fêtes est différent et crée beaucoup de malentendus : la fermeture du centre ne donne pas des vacances. L'apprenti est attendu en entreprise, sauf s'il pose des congés payés. Il a droit à cinq semaines comme tout salarié ; notre article sur les congés payés en alternance détaille le calcul et le calendrier. Beaucoup d'apprentis découvrent en décembre qu'ils doivent justement poser des jours entre Noël et le Jour de l'An parce que l'entreprise ferme : mieux vaut l'anticiper en octobre. Un agenda papier semainier ou une application de suivi des heures aide à visualiser les semaines CFA, les fériés et les congés sur un même plan.

Les cas particuliers qui reviennent chaque année

Le férié tombe un dimanche ou un jour de repos. Aucune compensation légale, aucun report. En 2026, le 1er novembre tombe un dimanche : pour la majorité des apprentis, il est simplement perdu. Certaines conventions prévoient un jour de repos de remplacement, d'autres non.

Le pont. Un employeur peut proposer un pont (le vendredi après un férié du jeudi, par exemple), mais il n'y est pas obligé. Si les heures du pont sont récupérées plus tard, ce n'est pas du travail supplémentaire, c'est une récupération d'horaire collectif, prévue à l'article L3121-50.

Le 11 novembre 2026 tombe un mercredi. Pas de pont naturel. Un apprenti majeur dans un commerce ouvert ce jour-là peut être appelé ; un apprenti mineur hors secteur dérogatoire, non.

L'apprenti en arrêt maladie un jour férié. Les indemnités journalières ne se cumulent pas avec le maintien de salaire du férié. Le détail se trouve dans notre article sur l'arrêt maladie en alternance.

Le férié pendant la période d'essai. Mêmes règles : la période d'essai de 45 jours ne suspend aucun droit. Elle décompte en revanche les jours de présence effective en entreprise.

Jeune femme portant un voile noir travaillant sur un ordinateur à un bureau dans un bureau

Travailler le réveillon : les points à vérifier avant décembre

Dans la restauration, l'hôtellerie et l'alimentaire, les 24 et 31 décembre au soir sont les journées les plus chargées de l'année — et le 31 décembre n'est pas un jour férié, seul le 1er janvier l'est. Quatre vérifications utiles :

  1. Votre âge au 25 décembre. Un apprenti qui a 18 ans le 20 décembre bascule dans le régime des majeurs cinq jours plus tard.
  2. L'heure de fin de service. Pour un mineur, la limite de 22 h s'applique sauf dérogation sectorielle, et jamais au-delà de minuit.
  3. Le repos entre deux services. 12 heures consécutives minimum pour un mineur, 11 heures pour un majeur.
  4. La trace écrite. Notez vos heures réelles au jour le jour. En cas de contestation, un relevé personnel daté pèse, surtout si la pointeuse est approximative. Un carnet de notes à spirale suffit, et les chaussures de sécurité antidérapantes exigées en cuisine ou en fournil sont à la charge de l'employeur, pas la vôtre.

Pour les services de nuit répétés en décembre, les professionnels des métiers debout recommandent des semelles orthopédiques de confort : rien d'obligatoire, mais douze heures de fournil sur carrelage se paient autrement.

Ce qu'il faut faire si la règle n'est pas respectée

Si un employeur fait travailler un apprenti mineur un jour férié hors secteur dérogatoire, ou retient une journée de salaire sur un férié chômé malgré trois mois d'ancienneté, l'ordre d'escalade est le suivant :

  1. Demander par écrit (un mail suffit) la base conventionnelle ou légale de la décision. Beaucoup d'erreurs se corrigent à ce stade.
  2. Saisir le CFA, qui dispose d'un médiateur de l'apprentissage ou d'un référent entreprise. C'est son rôle de contacter l'employeur.
  3. Alerter le médiateur consulaire de la chambre de métiers et de l'artisanat, de la chambre de commerce et d'industrie ou de la chambre d'agriculture, selon le secteur — une procédure gratuite prévue à l'article L6222-39 du code du travail.
  4. Signaler à l'inspection du travail (DREETS) : le travail d'un mineur un jour férié interdit est une infraction pénale, sanctionnée par une amende de 5e classe.

Notre article sur les litiges avec son employeur en alternance décrit chaque voie de recours et les délais.

En résumé

  • Un apprenti majeur suit le régime de son entreprise : seul le 1er mai est obligatoirement chômé et payé double.
  • Un apprenti mineur ne travaille pas les jours fériés, sauf dans les secteurs listés à l'article R3164-2 (restauration, boulangerie, boucherie, fleuristes, spectacles...).
  • Un férié chômé est payé après trois mois d'ancienneté, sans condition le 1er mai.
  • Un férié travaillé n'est majoré que si la convention collective le prévoit : vérifiez l'IDCC figurant sur votre bulletin.
  • Un férié qui tombe pendant une semaine de CFA est payé et ne se récupère pas en entreprise.
  • En Alsace-Moselle, le Vendredi saint et le 26 décembre sont chômés de droit.

Sources : code du travail (articles L3133-1 à L3133-6, L3134-13, L3164-2, L3164-6, R3164-2, L6222-24, L6222-39), service-public.fr, travail-emploi.gouv.fr, Urssaf. Montants du SMIC en vigueur au 1er octobre 2026.

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