Un alternant est un salarié à part entière. L'intéressement, la participation, les primes et les avantages collectifs de l'entreprise le concernent donc au même titre que ses collègues. Beaucoup l'ignorent et ne réclament jamais des sommes qui leur reviennent.
Pourquoi ces dispositifs vous concernent
L'apprenti et l'alternant en contrat de professionnalisation signent un contrat de travail. Ils comptent dans l'effectif, ils cotisent, ils figurent au registre du personnel. Rien dans leur statut ne les met à l'écart des dispositifs collectifs de l'entreprise.
C'est le principe le plus important de cet article : un dispositif d'épargne salariale a un caractère collectif. Il doit bénéficier à l'ensemble des salariés. Un accord ne peut pas écarter une catégorie parce qu'elle est jeune, en formation ou en contrat court. Si votre entreprise verse de l'intéressement à ses équipes et que vous n'en voyez pas la couleur, il y a une question à poser.
L'erreur inverse existe aussi. Certains alternants pensent que tout leur est dû automatiquement. Ce n'est pas le cas : une partie de ces dispositifs n'existe que si l'entreprise a signé un accord. C'est cette distinction qu'il faut tenir.
Intéressement, participation : quelle différence
Les deux versent de l'argent lié aux résultats de l'entreprise, mais ils n'obéissent pas à la même logique.
La participation redistribue une part du bénéfice de l'entreprise à ses salariés. Elle est obligatoire au-delà d'un certain effectif, calculé selon des règles fixées par la loi. En dessous de ce seuil, l'entreprise peut la mettre en place volontairement.
L'intéressement récompense la performance : chiffre d'affaires, qualité, sécurité, objectifs internes. Il est toujours facultatif. Il n'existe que si un accord d'intéressement a été signé, et c'est cet accord qui fixe la formule de calcul, la période et les modalités de répartition.
À côté, l'entreprise peut ouvrir un plan d'épargne salariale (PEE, et parfois un plan d'épargne retraite collectif). C'est le contenant : vous y placez ce que vous recevez, et l'employeur peut ajouter un abondement, c'est-à-dire un complément de sa poche. L'abondement est facultatif lui aussi, et son niveau dépend du règlement du plan.
Dernier cas de figure : la prime de partage de la valeur, décidée par l'employeur ou par accord. Elle relève d'un choix de l'entreprise, jamais d'une obligation.
Ce qui est obligatoire et ce qui dépend de l'entreprise
| Dispositif |
Obligatoire ? |
Ce que ça change pour vous |
| Participation |
Oui au-delà d'un certain effectif, facultative en dessous |
Vérifiez l'effectif de l'entreprise et demandez l'accord de participation |
| Intéressement |
Non, uniquement si un accord existe |
Demandez si un accord d'intéressement est en vigueur et sur quelle période |
| Plan d'épargne (PEE, plan retraite collectif) |
Non |
Sans plan, pas de support de placement ni d'abondement |
| Abondement de l'employeur |
Non, fixé par le règlement du plan |
C'est de l'argent en plus si vous versez : lisez le règlement avant |
| Prime de partage de la valeur |
Non, décision de l'employeur ou accord |
Renseignez-vous sur les critères retenus pour l'attribuer |
| Prime conventionnelle (13e mois, ancienneté) |
Selon la convention collective |
Lisez votre convention : elle prime sur les usages oraux |
| Complémentaire santé collective |
Oui dans le privé |
Adhésion en principe obligatoire, avec des cas de dispense |
| Prise en charge des transports publics |
Oui, pour une part minimale fixée par la loi |
Transmettez votre justificatif d'abonnement dès l'embauche |
| Titres-restaurant |
Non |
S'ils existent, ils vous reviennent comme aux autres salariés |
| Activités du CSE |
Selon l'existence d'un CSE et son budget |
Contactez directement les élus, pas les RH |
Cette colonne du milieu est le cœur du sujet. Ne présentez jamais à votre employeur un dispositif facultatif comme un droit acquis : demandez d'abord ce qui existe chez lui.

L'ancienneté peut-elle vous exclure
Oui, mais pas indéfiniment. Un accord d'intéressement ou de participation peut prévoir une condition d'ancienneté, et la loi plafonne la durée qu'il est possible d'exiger. Une entreprise ne peut donc pas réserver l'épargne salariale aux salariés présents depuis plusieurs années.
Pour un alternant, cette règle change tout. Un contrat d'un ou deux ans dépasse largement les conditions d'ancienneté usuelles. Deux points à vérifier auprès du service RH :
- la durée d'ancienneté exigée par l'accord en vigueur ;
- la manière dont elle se calcule, notamment si vous avez déjà travaillé dans l'entreprise, par exemple lors d'un stage ou d'un contrat précédent.
Ce second point vaut le détour : les périodes antérieures effectuées dans la même entreprise sont souvent prises en compte. Demandez-le par écrit.
Autre variable : la répartition. Un accord peut répartir les sommes de façon uniforme, en fonction du salaire, du temps de présence, ou d'une combinaison. Avec une rémunération d'alternant, une répartition proportionnelle au salaire produit mécaniquement un montant plus faible qu'une répartition uniforme. Ce n'est pas une injustice, c'est une règle écrite dans l'accord : lisez-la.
Que devient l'argent une fois versé
Vous avez généralement un choix à faire dans un délai court, indiqué sur le courrier ou l'espace en ligne du teneur de compte.
Soit vous demandez le versement immédiat, et vous récupérez les sommes. Soit vous les placez dans le plan d'épargne, et elles sont alors bloquées pendant une durée fixée par la loi, avec un traitement fiscal différent et, le cas échéant, l'abondement de l'employeur.
Le blocage n'est pas définitif. La loi prévoit une liste de cas de déblocage anticipé, liés à des événements de vie ou professionnels. Cette liste ne s'invente pas : demandez-la au service RH ou au gestionnaire du plan, et faites-vous préciser lesquels s'appliquent à votre situation.
Attention au silence : dans beaucoup de dispositifs, ne rien répondre équivaut à un placement par défaut. Si vous avez besoin de l'argent tout de suite, répondez dans les temps.
À qui poser la question
Trois interlocuteurs, trois périmètres différents.
Le service RH ou le gestionnaire de paie répond sur l'existence d'un accord de participation ou d'intéressement, sur la condition d'ancienneté, sur les titres-restaurant et sur la prise en charge des transports. Demandez une copie de l'accord : il est communicable aux salariés.
Le CSE, quand il existe, gère les activités sociales et culturelles : chèques vacances, billetterie, aide aux loisirs. Ses conditions d'attribution lui sont propres. Écrivez directement aux élus, leurs coordonnées sont affichées dans l'entreprise.
Le teneur de compte du plan d'épargne, enfin, gère votre argent une fois versé. C'est lui qui vous ouvre un accès en ligne et qui traite les demandes de déblocage.
Formulez vos demandes par écrit, même brèves. Un courriel daté vous sert de preuve si un versement est oublié.
Ce qu'il faut vérifier avant de signer
Au moment de comparer deux offres, ne regardez pas seulement le pourcentage du SMIC. Posez la question des dispositifs collectifs pendant l'entretien ou avant la signature : ils peuvent représenter une différence réelle sur douze ou vingt-quatre mois.
Pour situer le socle salarial, relisez notre point sur la rémunération de l'alternant, et pour le prélèvement qui apparaît dès la première paie, notre article sur la mutuelle d'entreprise. Le détail de vos droits de salarié est réuni dans notre guide droits de l'alternant, et l'ensemble des ressources financières dans le guide rémunération et aides.
Une dernière chose : conservez vos relevés d'épargne salariale et l'adresse du teneur de compte après la fin de votre contrat. Des sommes non réclamées dorment chaque année parce qu'un ancien salarié a changé d'adresse sans prévenir.