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Partir à l'étranger pendant son alternance en 2026 : mise à disposition, Erasmus+ et statut « d'apprenti européen »

Rédaction22 août 202612 min de lecture

Jeunes apprentis en atelier de menuiserie travaillant une planche de bois, photo en noir et blanc
Photo : Pexels

Votre camarade de promo en formation initiale part un semestre à Dublin. Vous, vous êtes en apprentissage, et l'idée ne vous a même pas effleuré : un contrat de travail, un employeur, un rythme d'alternance imposé — partir semble impossible. C'est une idée reçue, et elle vous coûte cher.

Depuis la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, le Code du travail organise explicitement la mobilité internationale des apprentis. Les articles L. 6222-42 à L. 6222-44 prévoient qu'un contrat d'apprentissage peut être exécuté partiellement à l'étranger, jusqu'à un an, sans rupture ni perte de diplôme. Le dispositif existe aussi pour le contrat de professionnalisation. Reste que peu de CFA le proposent spontanément et que les formalités varient du tout au tout selon la durée du séjour. Voici comment s'y prendre concrètement à la rentrée 2026.

Un apprenti a-t-il vraiment le droit de partir à l'étranger ?

Oui, et le texte est sans ambiguïté. L'article L. 6222-42 dispose que « la mobilité peut être réalisée au sein de l'Union européenne ou dans un pays tiers » et que sa durée « ne peut excéder un an ». Elle peut avoir lieu dans une entreprise d'accueil, un centre de formation étranger, ou les deux.

Le point qui change tout : pendant la période à l'étranger, l'exécution du contrat est suspendue ou l'apprenti est mis à disposition de la structure d'accueil, selon la durée. Dans les deux cas, le contrat français n'est pas rompu. Vous restez apprenti, vous restez inscrit au diplôme, et les périodes passées à l'étranger comptent dans votre durée de formation.

Trois conditions pratiques conditionnent le départ, et aucune n'est facultative :

  • L'accord de l'employeur. Aucune mobilité ne s'impose à lui. C'est la vraie négociation.
  • L'accord du CFA, qui doit valider la cohérence pédagogique du séjour avec le référentiel du diplôme.
  • Une convention écrite signée entre l'apprenti, l'employeur français, le CFA français, la structure d'accueil étrangère et, le cas échéant, l'organisme de formation étranger.

Un modèle de convention type a été publié par arrêté du 22 janvier 2020 (annexes 1 et 2 selon la durée). Votre CFA doit l'avoir. S'il vous dit que « ça ne se fait pas », c'est faux : demandez le référent mobilité, dont l'existence est obligatoire dans chaque CFA depuis la loi Avenir professionnel (article L. 6231-2 du Code du travail).

Jeunes apprentis en atelier de menuiserie travaillant une planche de bois, photo en noir et blanc

Quatre semaines : la frontière qui change tout

C'est le seuil qu'il faut retenir avant toute chose, parce qu'il détermine deux régimes juridiques radicalement différents.

Mobilité ≤ 4 semaines Mobilité > 4 semaines
Régime Mise à disposition Suspension du contrat
Salaire versé par l'employeur français Oui, maintenu intégralement Non
Couverture accident du travail Employeur français (via CPAM) Structure d'accueil / droit local
Protection sociale Régime français maintenu Droit du pays d'accueil
Convention Annexe 1 de l'arrêté Annexe 2 de l'arrêté
Lien de subordination Reste français Transféré à l'entreprise d'accueil

Sous quatre semaines, la formule est simple : vous partez, votre employeur continue de vous payer, votre CPAM continue de vous couvrir, et l'entreprise étrangère vous accueille sans devenir votre employeur. C'est le format le plus facile à faire accepter, et de loin le plus courant en BTS et en Bachelor.

Au-delà de quatre semaines, l'employeur français cesse de verser le salaire et se décharge de sa responsabilité. C'est financièrement soulageant pour lui — argument utile à sortir en entretien — mais cela suppose que vous ayez sécurisé une source de revenus : bourse Erasmus+, rémunération de l'entreprise d'accueil, aide régionale.

Une précision qui rassure beaucoup de candidats : dans les deux cas, la période à l'étranger reste comptabilisée dans la durée du contrat d'apprentissage. Vous ne repoussez pas votre date de fin, vous ne perdez pas d'ancienneté, et vos congés continuent de se générer.

Comment convaincre son employeur ?

C'est là que la plupart des projets meurent. L'employeur entend « absence », « paperasse », « risque ». Il faut inverser la lecture.

Argument 1 : le coût. Pour une mobilité longue, il ne verse plus de salaire pendant la période. Sur trois mois, l'économie est réelle. Pour une mobilité courte, il paie mais il finance une montée en compétence qu'il n'aurait pas payée autrement.

Argument 2 : la compétence rapportée. Formulez le séjour comme une mission, pas comme un voyage. « Trois semaines chez un fournisseur allemand pour cartographier leur process qualité » se défend mieux que « une expérience à l'étranger ». Si votre entreprise a des filiales, des clients ou des fournisseurs à l'étranger, la mobilité intra-groupe est la version la plus simple à vendre — et souvent la plus simple à organiser.

Argument 3 : le calendrier. Proposez une fenêtre qui l'arrange : une période creuse d'activité, ou un bloc qui correspond déjà à des semaines de CFA. Arrivez avec deux dates possibles plutôt qu'une demande ouverte.

Préparez le dossier par écrit. Une note d'une page — objectif, structure d'accueil, dates, régime juridique, qui paie quoi, ce que l'entreprise récupère — vaut mieux qu'une conversation de couloir. Un carnet de notes A5 à couverture rigide pour consigner les échanges avec le référent mobilité et l'entreprise d'accueil évite de perdre le fil sur un dossier qui s'étale souvent sur quatre mois.

Erasmus+ : ce qu'un apprenti peut réellement toucher

Erasmus+ n'est pas réservé aux étudiants d'université. Le volet « enseignement et formation professionnels » (EFP) finance spécifiquement les apprentis et les élèves de la voie professionnelle. L'Agence Erasmus+ France / Éducation & Formation, basée à Bordeaux, en est l'opérateur national.

Deux points de vigilance sur le fonctionnement :

Vous ne candidatez pas seul. Les financements sont attribués à des organismes — CFA, lycées professionnels, groupements, consortiums régionaux — qui redistribuent ensuite les bourses à leurs apprenants. Si votre CFA n'est pas accrédité Erasmus+, demandez s'il est membre d'un consortium. Beaucoup le sont sans le mettre en avant.

Les durées éligibles en EFP commencent à 10 jours consécutifs (hors trajet) et vont jusqu'à 365 jours. Le format « ErasmusPro », dédié aux mobilités longues, couvre les séjours de 90 jours et plus.

Les montants combinent une aide au séjour (barème journalier dégressif selon le pays d'accueil et la durée) et un forfait voyage indexé sur la distance. En pratique, comptez sur des ordres de grandeur de 30 à 60 € par jour sur les premières semaines, avec des majorations pour les publics ayant moins d'opportunités (situation de handicap, difficultés économiques) et un bonus pour les déplacements en train ou en bus au titre du voyage écologique. Les barèmes exacts sont publiés chaque année dans le Guide du programme Erasmus+ : vérifiez l'édition en cours auprès de votre référent, ils bougent.

D'autres financements se cumulent souvent avec Erasmus+ :

  • Les aides régionales à la mobilité (chaque conseil régional a son dispositif, souvent sous-utilisé).
  • L'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) et l'Office franco-québécois pour la Jeunesse (OFQJ), qui financent des stages professionnels.
  • Les aides de l'OPCO de votre branche, qui peuvent prendre en charge des frais annexes.

Jeune homme en tablier bleu et lunettes de protection dans un atelier, devant une carte électronique et un étau

Protection sociale : le sujet qu'on découvre trop tard

C'est le point technique où les dossiers se plantent, et il se traite au moins deux mois avant le départ.

Dans l'Union européenne, l'EEE et la Suisse. Demandez la carte européenne d'assurance maladie (CEAM) sur votre compte Ameli. Elle est gratuite et couvre les soins médicalement nécessaires pendant le séjour. Délai annoncé : environ deux semaines, mais comptez large en période estivale. Une attestation provisoire peut être délivrée en urgence.

Pour une mobilité courte (≤ 4 semaines), votre employeur reste votre employeur : il doit demander le formulaire A1 (détachement) auprès de l'Urssaf, qui atteste du maintien au régime français de sécurité sociale. Sans A1, un contrôle sur place dans l'entreprise d'accueil peut tourner mal — pour elle comme pour vous.

Pour une mobilité longue (> 4 semaines), le contrat étant suspendu, vous basculez sur le régime local. La couverture accident du travail incombe à la structure d'accueil. Le Cleiss (Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale) publie des fiches pays qui indiquent précisément ce à quoi vous avez droit : c'est la source à consulter, pas les forums.

Hors Union européenne, la CEAM ne vaut rien. Il faut une assurance privée couvrant frais médicaux, rapatriement et responsabilité civile. Vérifiez ce que couvre déjà votre carte bancaire, souvent plus que vous ne le croyez, puis complétez. Une assurance responsabilité civile à l'étranger est fréquemment exigée par la structure d'accueil avant signature de la convention.

Enfin, deux réflexes administratifs : conservez une copie numérique et papier de tous vos documents, et inscrivez-vous sur Ariane, le service du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères qui permet d'être contacté en cas de crise dans le pays. Une pochette de voyage RFID pour passeport et documents évite de se retrouver à reconstituer un dossier depuis un consulat.

Le rétroplanning réaliste

Une mobilité ne se monte pas en trois semaines. Voici la chronologie qui fonctionne, à rebours de la date de départ.

J-6 mois — Cadrage. Identifier le référent mobilité du CFA, vérifier l'accréditation ou l'appartenance à un consortium Erasmus+, cibler un pays et un type de structure d'accueil cohérents avec le diplôme.

J-5 mois — Négociation employeur. Présenter la note écrite, arbitrer entre format court et format long, fixer les dates.

J-4 mois — Recherche de la structure d'accueil. Si le CFA a un réseau de partenaires, c'est là que tout s'accélère. Sinon, mobiliser les chambres de commerce françaises à l'étranger, le réseau EURES et les contacts de votre entreprise.

J-3 mois — Montage financier. Dossier de bourse, aide régionale, budget prévisionnel réaliste incluant logement, transports locaux et caution.

J-2 mois — Convention et formalités sociales. Signature des cinq parties, demande de CEAM, demande de A1 par l'employeur si mobilité courte, assurance.

J-1 mois — Logistique. Logement, titre de transport, ouverture éventuelle d'un compte, vérification des documents d'identité et validité du passeport.

Sur la préparation linguistique, ne comptez pas uniquement sur la plateforme en ligne d'Erasmus+ : elle sert surtout au test de niveau. Trois mois de travail régulier avec une méthode de langue avec fichiers audio changent davantage la qualité des premières semaines sur place que n'importe quel séjour d'immersion improvisé.

Jeune femme souriante en casque jaune et gilet orange tenant une visseuse sur un chantier

Et si l'employeur refuse ?

Il en a le droit. Aucun texte ne l'oblige à accepter. Mais un refus n'est pas toujours définitif, et trois solutions de repli existent.

Déplacer la mobilité sur les semaines de CFA. Certains centres organisent des séjours pédagogiques courts intégrés au calendrier de formation, sans toucher au temps entreprise. L'employeur n'a rien à arbitrer.

Utiliser une période sans contrat. Entre deux contrats d'apprentissage — typiquement entre un BTS et un Bachelor —, une mobilité de deux à trois mois financée par une bourse est parfaitement réalisable, et elle ne dépend de personne.

Reporter à la dernière année. L'argument change de nature quand vous avez déjà fait vos preuves : un employeur qui envisage de vous embaucher voit une mobilité comme un investissement, pas comme une absence. C'est souvent la meilleure fenêtre.

Dans tous les cas, documentez le refus poliment et gardez la porte ouverte : « je comprends pour cette année, est-ce qu'on peut en reparler en janvier ? ».

Ce que la mobilité change vraiment sur un CV

Soyons précis, parce que le discours institutionnel a tendance à surpromettre. Une mobilité de trois semaines ne fait pas de vous un profil international. Ce qu'elle produit, en revanche, est mesurable : une capacité démontrée à travailler dans un environnement qui n'est pas le vôtre, une comparaison de pratiques professionnelles que peu de candidats savent raconter, et un sujet d'entretien qui vous distingue immédiatement des cinquante autres dossiers.

Deux outils formalisent l'expérience et méritent d'être demandés :

  • L'Europass Mobilité, document européen officiel qui décrit les compétences acquises pendant le séjour. Il se demande via le CFA, avant le départ.
  • Le certificat de la structure d'accueil, en anglais ou en langue locale, qui liste vos missions réelles.

Sur le fond, le bénéfice le plus solide reste linguistique et professionnel : voir comment un autre pays organise le même métier que le vôtre. Consigner ces observations au fil de l'eau — un carnet de bord de mobilité rempli chaque soir suffit — vous donnera la matière de votre rapport, de votre soutenance, et des entretiens qui suivront.

À retenir : le seuil de quatre semaines commande tout le reste. Sous quatre semaines, vous restez salarié français payé et couvert. Au-delà, le contrat est suspendu et il faut sécuriser revenus et protection sociale avant de signer quoi que ce soit.

Les textes existent depuis 2018, les financements existent, les CFA ont un référent obligatoire. Ce qui manque, dans la quasi-totalité des cas, c'est quelqu'un qui pose la question. Commencez par un mail à votre référent mobilité cette semaine : c'est gratuit, et c'est le seul geste qui déclenche vraiment le reste.

Sources à consulter directement : Code du travail, articles L. 6222-42 à L. 6222-44 et L. 6231-2 (Légifrance) ; arrêté du 22 janvier 2020 fixant les modèles de convention de mobilité ; Guide du programme Erasmus+ (Commission européenne, édition en cours) ; Agence Erasmus+ France / Éducation & Formation ; Cleiss, fiches pays ; Ameli, carte européenne d'assurance maladie ; Urssaf, formulaire A1 ; ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, service Ariane.

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