La candidature spontanée n'est pas un pis-aller réservé à ceux que les annonces ont ignorés. C'est la voie principale. Une large part des contrats d'alternance se signent sans qu'aucune offre n'ait été publiée, dans des entreprises qui ouvrent un poste le jour où un bon dossier arrive sur le bureau du patron. Sur l'ensemble des candidatures en alternance, les envois spontanés représentent désormais près des trois quarts.
Reste que « postuler sans offre » ne veut rien dire tant qu'on n'a pas de liste, pas de nom, pas de message. Voici la méthode.
Pourquoi une entreprise recrute-t-elle sans avoir publié d'annonce ?
Parce que publier coûte du temps. Rédiger une offre, la diffuser, trier deux cents réponses : dans une entreprise de douze salariés, personne n'a ce temps-là. Le besoin existe pourtant. Un responsable débordé, un départ à venir, un chantier qui s'ajoute : la décision d'embaucher un alternant se prend souvent en réaction, quand quelqu'un se présente au bon moment.
Ajoutez l'effet mécanique de la concurrence. Sur une offre publiée, vous êtes un dossier parmi des centaines, filtré par un logiciel avant d'être lu. Sur une candidature spontanée bien ciblée, vous êtes souvent le seul candidat de la semaine, et votre message est lu par la personne qui décide.
Ce canal ne remplace pas les autres, il les complète. La vue d'ensemble de la recherche d'alternance détaille le calendrier et les quatre canaux à faire tourner en parallèle. Ce qui suit ne traite que d'un seul : l'approche directe.
Comment construire une liste de trente entreprises cibles ?
Trente, c'est le bon ordre de grandeur pour deux semaines de travail. En dessous, vous vous découragez au premier silence. Au-dessus, vous copiez-collez.
Fixez d'abord trois filtres, et n'en changez plus :
- La taille : 5 à 50 salariés en priorité. C'est là que le dirigeant décide seul et vite.
- La distance : 45 minutes de trajet maximum. Au-delà, l'alternance devient invivable et le recruteur le sait.
- Le métier : l'entreprise doit exercer réellement l'activité que vous préparez, pas seulement appartenir au bon secteur.
Puis remplissez la liste avec des sources gratuites et vérifiables :
- L'annuaire des entreprises de l'administration (annuaire-entreprises.data.gouv.fr), qui permet de filtrer par activité, par commune et par tranche d'effectif. C'est la source la plus rentable : elle donne aussi le nom du dirigeant.
- Les annuaires de branche : fédérations professionnelles, syndicats de métier, listes d'adhérents des CCI et des chambres de métiers.
- Les cartes en ligne, pour les métiers de proximité. Repérez les zones d'activité autour de chez vous et parcourez-les commerce par commerce.
- La liste des entreprises partenaires de votre CFA, qui reçoit des besoins jamais diffusés publiquement.
- Les entreprises qui ont déjà recruté un alternant il y a un ou deux ans. Elles connaissent le contrat, le maître d'apprentissage est identifié, la démarche ne les effraie pas.
- La presse économique locale : ouverture d'un site, nouveau marché remporté, recrutement annoncé. Une entreprise qui grandit a un besoin avant d'avoir une offre.
Consignez tout dans un tableau : entreprise, effectif, ville, activité, nom du contact, fonction, adresse e-mail, source de l'adresse, date d'envoi, date de relance, statut. Sans ce tableau, vous relancerez au hasard ou pas du tout.

À qui faut-il écrire selon la taille de l'entreprise ?
C'est ici que la plupart des candidatures spontanées meurent. Le destinataire compte plus que le texte.
- Moins de 10 salariés : le dirigeant, nommément. Son nom figure sur les mentions légales du site et dans l'annuaire des entreprises.
- 10 à 50 salariés : le responsable du service où vous travaillerez. Chef d'atelier, responsable commercial, chef comptable. C'est lui qui subit la surcharge, donc lui qui demandera un alternant.
- 50 à 250 salariés : le manager de l'équipe visée, avec une copie au service RH s'il existe.
- Au-delà : la logique change complètement. Il faut passer par le portail candidat et le doubler d'un contact interne, comme l'explique notre article sur les codes de recrutement des grands groupes.
Écrire au service RH d'une PME est presque toujours une erreur. D'abord parce qu'il n'existe souvent pas : la fonction est portée par un assistant de direction, parfois par le cabinet comptable, et personne n'a de mandat pour créer un poste. Ensuite parce que l'adresse générique — contact@, rh@ — n'est consultée avec attention que lorsqu'un recrutement est ouvert. Enfin parce que la mention « à l'attention du service des ressources humaines » signale immédiatement un message envoyé à cinquante entreprises identiques.
Pour trouver le nom : la page « équipe » du site, les mentions légales, une recherche LinkedIn filtrée sur l'entreprise, ou l'appel à l'accueil. Une question suffit : « Qui s'occupe des apprentis chez vous ? » Personne ne refuse de répondre à ça. Pour l'adresse, repérez le format utilisé par l'entreprise sur une autre adresse publique — prenom.nom@, p.nom@ — et reproduisez-le.
Que faut-il écrire dans le message ?
Court. Quinze lignes, jamais plus. Un objet explicite, une raison précise d'écrire à cette entreprise-là, deux compétences concrètes, le cadre pratique, une demande simple. Le CV en pièce jointe fait le reste : notre guide sur le CV et la lettre de motivation en alternance détaille ce qu'il doit contenir.
Objet : Alternance [métier] — [rythme] à partir de [mois]
Bonjour [Madame/Monsieur Nom],
Je prépare un [diplôme] au [CFA ou école] et je cherche une entreprise pour mon alternance à partir de [date].
Je vous écris directement parce que [fait précis et vérifié : votre nouvel atelier, votre activité sur le marché X, votre gamme Y]. C'est exactement le type de travail sur lequel je veux me former.
Concrètement, je sais déjà [compétence 1] et [compétence 2]. Le rythme serait de [X jours en entreprise, Y en cours], et mon CFA prend en charge la partie administrative du contrat.
Auriez-vous quinze minutes pour en parler, par téléphone ou sur place ? Je suis disponible [deux créneaux précis].
[Prénom Nom] — [téléphone] — CV en pièce jointe.
Le seul passage à réécrire à chaque envoi, c'est la phrase du deuxième paragraphe. Elle demande trois minutes de lecture du site de l'entreprise. C'est elle qui distingue votre message de tous les autres.
Évitez deux réflexes. Ne parlez pas de vos motivations personnelles avant d'avoir parlé du besoin de l'entreprise. Et n'ouvrez pas sur les aides à l'embauche : mentionnez éventuellement en fin de message que l'apprentissage ouvre droit à une aide financière, sans en faire votre argument principal.
Comment relancer sans se faire oublier ni harceler ?
Le silence n'est pas un refus. Il signifie que votre message est arrivé un mardi chargé.
Relancez une première fois au bout de huit jours, dans le même fil de discussion, en trois lignes. Puis une seconde fois vers le vingtième jour, mais par un autre canal : un appel téléphonique, un passage physique, un message LinkedIn. Après deux relances sans réponse, classez l'entreprise et reprogrammez-la dans trois mois.
Deux détails qui pèsent. Appelez tôt le matin ou en fin d'après-midi, jamais pendant le coup de feu du métier concerné. Et quand on vous dit non, posez une dernière question : « Connaissez-vous une entreprise du secteur qui prend des apprentis ? » Les deux noms qu'on vous donnera valent plus que dix envois à l'aveugle.
Tenez trois à cinq envois ciblés par jour, renouvelez votre liste tous les quinze jours, et continuez jusqu'à l'automne. En parallèle, gardez un œil sur les offres d'alternance et de stage publiées : une annonce vous apprend au moins qu'une entreprise recrute, et elle vous donne le nom d'un service à contacter directement.